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LA CAVE DE RUNGIS : La mémoire des Halles

À l’heure où le marché de Rungis va fêter ses cinquante ans, Antoine d’Agostino, patron de la Cave de Rungis, fait figure de grand témoin par ses vingt et un ans de présence aux Halles et un demi-siècle à Rungis où il a été acheteur détaillant, puis commerçant en vins. Cet homme affable, qui a noué dans sa vie des amitiés multiples et diverses, reste une figure marquante du marché.

La rumeur assure que la première visite de terrain des présidents de Rungis lors de leur entrée en fonction est réservée à Antoine d’Agostino. Il les a tous connus. Il apprécie le contact humain et le côté chaleureux de l’actuel occupant du fauteuil, Stéphane Layani. Il admirait le talent de gastronome du précédent, Marc Spielrein : « Quand on a sélectionné la cuvée de champagne de Rungis il y a quelques années, j’ai fait tester les différents échantillons possibles à un sommelier, un œnologue et à Marc Spielrein, se souvient le commerçant. Tous trois ont rigoureusement sélectionné le même échantillon provenant d’une petite maison de champagne pourtant en compétition avec des marques prestigieuses. » Le créateur de la Cave de Rungis est un personnage haut en couleur et incontournable à Rungis. À 83 ans, il est présent tous les matins dans son entreprise, fidèle au poste. Pour rien au monde, même au cœur de l’hiver, il ne voudrait rester bien au chaud dans sa confortable maison de Villemonble (Seine-Saint-Denis). Même s’il a transmis les rênes de l’entreprise à son fils, Henri, il continue à incarner ce commerce de vin qu’il a créé en 1988 au cœur de Rungis. Son antre est situé au premier étage du magasin. On y couvre une table immense, un lave-verres et de très jolis flacons que le patron fait déguster aux invités en toute simplicité lors de son casse-croûte matinal. C’est ici que les grossistes du MIN viennent échanger les potins et, régulièrement, des personnalités participent à ce rendez- vous matinal. Sophie Marceau est venue plusieurs fois. On y croise les grands noms du cyclisme (Christian Prudhomme, Raphaël Geminiani, Raymond Poulidor), sport qu’affectionne par-dessus tout Antoine d’Agostino. Il y a quelques années encore, les Miss France faisaient le voyage à la Cave de Rungis dans l’année qui suivait leur élection. Antoine d’Agostino était dans les meilleurs termes avec Geneviève de Fontenay. Comme en témoignent  les photos punaisées au mur, cette pièce a accueilli des artistes comme Roger Pierre, Charles Dumont, Henri Salvador ou Michou. À propos de ce dernier, Antoine d’Agostino confie que, lors de sa dernière visite, le patron du cabaret de la rue des Martyrs a eu le culot de lui demander ce qu’il faisait encore à 83 ans dans son entreprise de Rungis. « À 87 ans, présent tous les soirs dans sa salle de spectacle, Michou est mal placé pour me critiquer », grommelle le commerçant.


Une carrière de soixante et onze ans

Antoine d’Agostino séduit tous ses interlocuteurs par sa simplicité, sa clairvoyance et sa profonde gentillesse. Son regard demeure pétillant, témoignage de sa curiosité toujours intacte et du plaisir qu’il a à savourer la vie et les rencontres. C’est également la mémoire vivante du marché. Petit-fils d’immigrés italiens, né à Montreuil, il a commencé à travailler à 12 ans sur les marchés  d’Île-de-France. À 14 ans, devenu manutentionnaire, il poussait le diable dans les Halles. « En revenant du service militaire en Algérie, j’ai commencé à chercher une place sur les marchés pour y vendre des fruits et légumes, raconte-t-il. Les marchés sont la grande passion de ma vie. J’adore l’ambiance et les rencontres qu’on y fait. Les clients ont des vraies personnalités, ce ne sont pas les mêmes que ceux de la grande distribution. En vacances, j’aime découvrir de nouveaux marchés. L’été dernier, j’ai entraîné ma femme au marché de Sanary, élu plus beau de France. Nous n’avons presque rien acheté, mais avons passé une matinée extraordinaire. »


Des primeurs aux vins

Il a fallu attendre 1988 pour qu’Antoine d’Agostino passe de l’autre côté de la barrière. Client des pavillons de fruits et légumes des Halles de Paris, puis de Rungis, il a décidé, à 52 ans, de changer de vie et de créer la Cave de Rungis. « Je préparais ma reconversion, explique-t-il, en cherchant un produit qui serait meilleur le lendemain que la veille, ce qui n’est pas le cas des fruits et légumes. J’ai toujours été un amateur de vin, produit qui correspondait à cet objectif et j’étais ami avec les propriétaires du château Couspaude. Ils avaient postulé en vain pour un emplacement à Rungis. Comme je connaissais bien le marché, ils m’ont proposé de tenter l’aventure en relation avec eux. C’est ainsi qu’est née la Cave de Rungis. Au départ je commercialisais surtout les cuvées de mes amis puis j’ai élargi la gamme en visitant le vignoble français et en nouant des relations durables. Dans les années quatre-vingt-dix, les propriétaires du château Couspaude m’ont cédé leurs parts. » Pendant des années, Antoine d’Agostino a parcouru près de 100000 kilomètres par an pour  découvrir le vignoble. Il a réduit de moitié ses tournées, mais demeure aux aguets. Lors de notre rencontre, il revenait d’un voyage dans le Muscadet. La visite de son magasin a de quoi donner des complexes à bien des collectionneurs. Une vitrine à champagnes est remplie de flacons d’exception, telle la carafe Bollinger 1988. Dans le magasin, une cave spéciale renferme les plus beaux trésors du vignoble français, dont les bouteilles du Domaine Romanée Conti.


Le seul spécialiste du vin de Rungis

La Cave de Rungis est la seule maison spécialisée dans le vin qui est parvenue à affirmer une présence durable sur le MIN. Au fil des ans, tous les concurrents d’Antoine d’Agostino ont jeté l’éponge. Mais le commerçant a su se constituer un réseau spécifique. Les détaillants et restaurateurs ne sont pas ses principaux clients. Les entreprises installées dans le secteur sont en revanche des habitués de la Cave de Rungis. Le magasin a développé une forte activité autour des cadeaux d’entreprise. Aujourd’hui, Antoine d’Agostino estime vivre une forme de préretraite. Durant des années, il a mené de front deux activités : la vente de vins à Rungis et une présence quotidienne sur les marchés franciliens où il continuait à vendre des fruits et légumes. Il n’a mis un terme à cette activité qu’au début des années 2000. Il a attendu 2012 pour transmettre son entreprise à son fils, au moment où celui-ci abandonnait à son tour la profession de marchand de primeurs. Cette transmission représente une grande satisfaction pour cet homme qui place le sens de la famille comme une valeur suprême. Durant toute sa carrière, le commerçant s’est contenté de dormir trois heures par jour. Ce don lui a permis de vivre plusieurs vies, dans les fruits et légumes, dans le vin, mais aussi dans le secteur associatif. Il fut, avec Claude Le Delas aujourd’hui disparu, l’un des piliers de l’organisation de l’équipe cycliste de l’AS MIN. Il est d’ailleurs fier que ce club soit devenu sous sa gouverne le premier d’Île-de-France. Mais l’engagement le plus significatif de ce commerçant reste sans doute ses actions en faveur de Perce-Neige, puis de l’association Lino- Ventura. Ami de longue date de l’acteur, il a aidé sa veuve à organiser maintes opérations de collecte pour aider les jeunes en situation de handicap.

Les plus beaux trésors du vignoble français

Des flacons d’exception, ici la carafe Bollinger 1988