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SPECTACLE : Sale temps pour les cafés-concerts

De nombreux établissements font les frais d’une politique agressive des pouvoirs publics en matière de normes de sécurité avec des fermetures administratives. En parallèle, des bars plus confidentiels subissent les foudres des riverains qui, d’année en année, ne semblent plus tolérer le moindre décibel qui pourrait retentir sous leurs fenêtres. Paris intra-muros n’est pas la seule victime de cette cabale, dans la mesure où la petite couronne, Montreuil en tête, accuse également des fermetures inopinées de lieux de vie emblématiques.

Le 1er novembre 1970, aux alentours de 1h40, le dancing isérois Le 5-7 s’embrasait, provoquant le décès de 146 personnes. Ce drame avait engendré une remise à plat des règles de sécurité des ERP et un durcissement de la législation en matière de normes incendie notamment. Plus récemment, en 2016, c’est le Cuba Libre, à Rouen, qui faisait les gros titres : 14 jeunes y perdaient la vie. Là encore, un incendie et des issues de secours verrouillées avaient engendré un désastre. À Paris, on ne déplore pas de pareilles catastrophes, mais il se murmure que la préfecture de police serait prête à tout pour empêcher que de tels événements se produisent dans la capitale, si l’on en croit les aveux d’un agent préfectoral à un patron d’établissement. Si la démarche visant à prévenir les risques et protéger le public est évidemment louable, les exploitants de cafés-concerts (une famille qui réunit des bars équipés de salle comme des bistrots disposant d’une simple estrade) ont le sentiment d’être dans le collimateur des pouvoirs publics. Si bien que prévention rime plus que jamais avec sanction. L’arrivée du préfet de police Michel Delpuech en 2017, coïncide également, pour certains, avec un accroissement des contrôles et une hausse très significative des fermetures administratives (210 bars, restaurants ou discothèques parisiens ont connu une fermeture administrative temporaire de quinze jours à six mois, un chiffre en augmentation de 17,15 %). Par ailleurs, les riverains mènent la vie dure aux exploitants qui ont le malheur d’organiser de petits concerts acoustiques.

Quand le bruit sème la zizanie


« La première édition du guide a paru en 2001 et, tous les deux ans, je fais une nouvelle version, en enlevant un bon nombre d’adresses, mais j’en ajoute également. Il y a des adresses que je n’avais pas repérées et des établissements qui ne font plus de cafés-concerts. Ainsi, j’en ai enlevé une cinquantaine et ajouté 92 pour la dernière édition du guide sortie l’an passé. Certains lieux emblématiques ont dû fermer leurs portes, je pense au Limonaire et au Magique, qui s’étaient tous deux spécialisés dans la chanson française. Le Swan, boulevard du Montparnasse, a également fermé », constate Pierrick Bourgault, auteur de 200 bars-concerts, Guide des bons plans. Ces fermetures sont bien souvent liées au bruit, même si les patrons de bistrot ont su s’adapter et faire des concerts plus tôt, en excluant parfois la batterie et les basses. Aux Trois Arts (Paris 20e) où l’on jouait de la musique bretonne, le rideau a été baissé à la suite de l’augmentation du loyer : le propriétaire a utilisé les plaintes relayées par le voisinage pour justifier la manœuvre. Les conditions d’exploitation révèlent également des modèles économiques fragiles, vulnérables aux soubresauts du voisinage et de la préfecture de police. « Un café-concert, c’est d’abord un bar : il faut un minimum de rentabilité. Or, le café-concert n’est un modèle extrêmement rentable. On ne fait du chiffre qu’au bar. Au Limonaire, entre 22h15 et minuit, on arrêtait de servir à boire et à manger pour le spectacle. Les artistes étaient rémunérés au chapeau. Alors que la rentabilité de l’établissement ne pouvait se faire que le soir, il y avait donc une heure et demie de chiffre d’affaires sous-traite », se souvient Pierrick Bourgault. Et si un café-concert ne connaît pas le succès lors d’un événement, les artistes en pâtissent également. Ainsi, en 2018, Vincent Guillot a réalisé 42 concerts, armé de sa guitare. Dans 98 % des cas, il s’agissait de petits bars non équipés de salle dédiée. « Je n’ai eu aucun cachet déclaré. Soit j’étais payé au chapeau, soit au pourcentage du chiffre d’affaires de la soirée. Ou une somme était convenue en amont. J’ai fait des concerts pour 10 euros, j’en ai fait pour 120. Un jour, je m’étais mis d’accord avec un patron sur 20 % du chiffre d’affaires de la soirée. Ce soir-là, il a fait 40 euros au bar et a refusé de me payer. Il y a un concert où j’étais à 10 % du chiffre et j’ai quand même obtenu deux euros... Sur les 42 concerts, j’en ai fait 30 avant l’été... Au cours de l’année 2018, il y a vraiment eu un ralentissement de cette activité. Des établissements, comme le Confessionnal, le Kaf’ Conc ou la Féline, ont été contraints de stopper », détaille-t-il. Du côté des voisins, on se plaint surtout des gens qui fument dehors. Dernière victime en date : un bar brésilien du 20e arrondissement de Paris. « Pour une seule plainte, ils ont dû réorganiser tout leur fonctionnement. Marcel Benezet, du GNI-Synhorcat, évoquait une sorte de droit d’antériorité qui n’autorise pas les bistrots à faire n’importe quoi mais qui expliquerait qu’en tant que dernier arrivant il faut savoir faire preuve de souplesse et, quand on s’installe là, il faut faire avec. Il y a une évolution des modes de vie. Il y avait beaucoup plus de bruit avant, notamment à l’époque des poubelles en métal », analyse l’auteur du guide des bars-concerts.

Des travaux lourds et coûteux 

Malheureusement, les histoires se suivent et se ressemblent. Les Petits Joueurs, qui proposaient du jazz manouche, ont jeté l’éponge après huit ans d’existence. Des travaux de mise aux normes étaient nécessaires tandis qu’un conflit opposait le locataire et le propriétaire. Ce dernier n’a finalement pas renouvelé le bail. De même, La Passerelle 2, un curieux établissement mêlant des activités de librairie et de disquaire a lui aussi fermé ses portes. Le Batofar et La Vieille Grille (un minuscule théâtre de 50 places qui accueilli Coluche et Jacques Higelin) ont subi le même sort. La pression des normes s’est souvent ajoutée aux contraintes du voisinage. Après la Mécanique ondulatoire ou le Pop in, l’Espace B fait partie de ces dernières salles à avoir annoncé, en juillet dernier, sa fermeture, « jusqu’à nouvel ordre ». Ces établissements sont moins contraints par le voisinage que par des travaux de mise aux normes lourds et coûteux. L’Espace B, ce bar qui organise des concerts dans le 19e arrondissement, ne respecte pas, selon la préfecture de police, les conditions de sécurité. « L’établissement fonctionne depuis vingt ans et nous n’avons jamais eu de souci avec la police, ni avec les riverains. La commission de sécurité est passée fin avril 2018, et nous avons fait les aménagements demandés. Mais lors de son deuxième passage, en juillet 2018, elle s’est montrée beaucoup plus sévère et nous a demandé de revoir l’issue de secours. Or celle-ci donne dans la cour de l’immeuble, qui débouche sur une autre porte appartenant à la copropriété. Les travaux ne dépendent pas de nous », a déclaré Pauline Richaud, programmatrice de l’Espace B, au quotidien Le Parisien. À la Mécanique ondulatoire (Paris 11e), il convient d’agrandir une issue de secours de 7 cm. Mais, dans ce caveau, des travaux sans d’importants coûts sont impossibles. Le propriétaire de l’immeuble ne souhaite d’ailleurs pas les réaliser. Face à l’hécatombe, la Ville de Paris apparaît comme l’un des rares soutiens de ces différents exploitants. Frédéric Hocquard, l’adjoint à la mairie de Paris chargé de la vie nocturne, a en effet annoncé une aide à ces salles lors de la rentrée 2018.

Pierrick Bourgault